La digitalisation, un levier pour atteindre les objectifs de la Chimioprévention du Paludisme Saisonnier (CPS)
Pour progresser vers l?élimination du paludisme, le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) a renforcé ses interventions à fort impact, en particulier la chimio prévention saisonnière chez les enfants âgés de 3 à 59 mois, désormais entièrement digitalisée. En adoptant progressivement la digitalisation de ses activités, le PNLP garantit la fiabilité des données, permet une stratification plus précise des interventions et assure une meilleure traçabilité des intrants. Ce dispositif innovant est mis en ?uvre avec l?appui technique de Bluesquare
De la collecte papier à une gestion optimisée par le numérique
La digitalisation en garantissant la transmission rapide de données de qualité permet une prise de décision rapide. Cette efficacité opérationnelle contribue à la bonne performance des campagnes de grande envergure comme la distribution des moustiquaires imprégnées et la Chimio-prévention du Paludisme Saisonnier (CPS).
La CPS et la distribution des Moustiquaires Imprégnées à Longue Durée d’Action (MILDA) sont deux interventions à haut impact pour l’élimination du paludisme, car elles contribuent à réduire de manière significative la transmission de la maladie.
En engageant la digitalisation de la Chimio-prévention du Paludisme Saisonnier (CPS), le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) a entrepris de corriger en profondeur les insuffisances inhérentes au système de collecte manuelle sur papier à partir des expériences des autres campagnes. Ce mode de fonctionnement a exposé ces interventions menées précédemment à de nombreuses vulnérabilités : erreurs de transcription, incohérences dans les totaux, perte ou détérioration des fiches, retards importants dans la transmission des données et difficultés de consolidation au niveau district et central. Cette méthode limitait également la traçabilité des intrants, compliquait le suivi des stocks et retardait la détection d’éventuelles ruptures. Pour les équipes de terrain, la lourdeur des registres augmentait la charge de travail et réduisait le temps consacré à la sensibilisation des ménages. Pour les superviseurs, l’absence de données en temps réel restreignait la capacité à cibler les zones à faible performance ou à corriger rapidement les insuffisances observées. Quant au niveau central, les délais de remontée et les incertitudes sur la fiabilité des chiffres rendaient plus difficile la planification stratégique et l’allocation optimale des ressources.
Au-delà de la correction des insuffisances du système papier, la digitalisation de la CPS apporte une véritable valeur ajoutée stratégique et opérationnelle au programme.
Une gestion proactive et une stratification plus fine de la lutte
D’abord, elle permet une gestion proactive plutôt que réactive. Grâce aux données disponibles en temps réel, les équipes peuvent anticiper les ruptures de stock, identifier rapidement les zones à faible couverture et ajuster immédiatement les stratégies de communication ou de déploiement. La prise de décision devient ainsi plus rapide, plus ciblée et fondée sur des évidences.
Ensuite, la digitalisation favorise une stratification plus fine de la lutte. La géolocalisation et l’analyse des données par aire sanitaire, village ou même site de distribution permettent d’identifier précisément les poches de vulnérabilité, les zones de forte mobilité ou les foyers de réticence. Cela améliore l’efficacité des interventions et optimise l’allocation des ressources.
Elle renforce également la redevabilité et la transparence. Chaque acteur est mieux suivi, les performances peuvent être analysées par équipe ou par district, et les partenaires disposent de données fiables et consolidées pour évaluer l’impact des investissements.
Pour les enfants bénéficiaires, la digitalisation améliore la continuité de la protection : suivi des cohortes d’un cycle à l’autre, réduction des doublons, meilleure prise en compte des enfants mobiles et suivi plus rigoureux des effets indésirables.
Enfin, elle contribue à bâtir un système de santé plus moderne et interconnecté, capable d’intégrer les données de la CPS avec d’autres interventions (distribution de MILDA, vaccination, surveillance épidémiologique), ouvrant la voie à une approche intégrée et durable de l’élimination du paludisme.
Cette approche technologique a porté ses fruits en matière de traçabilité, notamment en permettant de maintenir dans la cohorte des cibles ayant changé de localité entre deux cycles. À titre d’illustration, un enfant enregistré lors du premier cycle à Katiola, puis déplacé à Cissédougou, a pu être identifié et suivi correctement, restant ainsi intégré dans la même cohorte au deuxième cycle.
Des résultats concrets : quand la donnée guide l’action
En matière de prise de décision et d’évaluation, l’exemple de Boundiali est particulièrement révélateur. À la suite de rumeurs ayant suscité des réticences au sein de certaines communautés, les données issues du premier cycle de la CPS ont permis d’objectiver la situation : 513 foyers avaient refusé l’administration du traitement. Cette quantification précise, rendue possible par la collecte numérique, a offert à l’équipe de pilotage une base factuelle solide pour orienter son action.
Les données géolocalisées ont permis d’identifier avec exactitude les zones concernées, d’analyser l’ampleur du phénomène et de mettre en place un plan d’action ciblé, fondé sur le renforcement de la communication communautaire et l’implication accrue des leaders locaux. Le suivi en temps réel des cycles suivants a ensuite permis d’évaluer l’efficacité des mesures correctives engagées.
Les résultats ont été significatifs : au quatrième cycle, le nombre de foyers réticents était passé de 513 à 23 seulement. Dans ce contexte, les outils numériques n’ont pas seulement soutenu la prise de décision ; ils ont également permis d’en assurer le suivi et d’en mesurer objectivement l’impact, démontrant ainsi leur valeur stratégique dans le pilotage de l’intervention.
La mise en œuvre opérationnelle de la digitalisation s’appuie sur des outils déployés par Bluesquare à la demande du Programme National de Lutte contre le Paludisme et la Direction de l’Information Sanitaire. La plateforme IASO a été utilisée pour le dénombrement des ménages, la collecte des données terrain et le suivi des opérations de distribution. Les données produites sont ensuite consolidées et visualisées à travers des tableaux de bord développés avec Superset, offrant aux équipes du PNLP et de leurs partenaires une lecture partagée et actualisée en temps réel avec des indicateurs clés, du niveau local au niveau central.
La digitalisation des activités devient un outil clé pour avancer vers l’élimination du paludisme, car elle rend la stratification des interventions beaucoup plus précise. En permettant de suivre et d’analyser les données par district, village ou zone spécifique, elle identifie avec exactitude où la transmission est la plus élevée et où la couverture des enfants est insuffisante. Cela permet de cibler les efforts et les ressources là où elles sont vraiment nécessaires. Avec des informations disponibles rapidement, les décisions peuvent être prises plus vite et de manière mieux informée, rendant les actions sur le terrain plus efficaces et mieux adaptées aux besoins réels.
Le Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP) s’est ainsi engagé dans une extension progressive de la digitalisation à l’ensemble de ses activités. Avec l’appui de son partenaire Bluesquare, un modèle numérique adapté aux spécificités opérationnelles et aux objectifs stratégiques du programme est actuellement en cours de développement.



